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27 août 2026 · fr

John Everett Millais a-t-il failli tuer le modèle de son « Ophélie » ?

Une légende tenace entoure la création du célèbre tableau préraphaélite, mais qu'en est-il vraiment ?

En pleine période victorienne, incarner une muse pour un peintre n'était pas sans risque. L'histoire de l'art a retenu l'anecdote dramatique selon laquelle Elizabeth Siddall, modèle du tableau « Ophélie » de John Everett Millais (1829-1896), aurait attrapé une grave maladie après avoir posé pendant des heures dans une baignoire remplie d'eau froide. Cette légende, souvent reprise, interroge les conditions de travail des modèles au XIXe siècle et la part de vérité derrière le mythe.

Le tableau, peint entre 1851 et 1852, représente Ophélie flottant dans une rivière, inspiré de la pièce de Shakespeare. Millais, membre fondateur de la confrérie préraphaélite, souhaitait un rendu réaliste de la nature. Pour le corps flottant, il fit installer une baignoire dans son atelier, remplie d'eau maintenue tiède grâce à des lampes. Elizabeth Siddall, alors âgée d'une vingtaine d'années, y posa pendant de longues séances. Selon le récit de l'époque, les lampes s'étant éteintes, l'eau se refroidit, et Siddall serait tombée malade, contractant une pneumonie qui faillit lui être fatale.

Mais cette version est-elle exacte ? Des recherches récentes suggèrent que l'histoire a été exagérée. Aucune source contemporaine ne mentionne cet incident, et la santé fragile de Siddall, qui souffrait de troubles digestifs et de dépendance à l'opium, est bien documentée, mais sans lien direct avec cette séance. La légende a probablement été amplifiée pour nourrir le mythe romantique de l'artiste et de son modèle, une figure tragique qui mourut en 1862, quelques années après avoir épousé Dante Gabriel Rossetti, un autre préraphaélite.

Quoi qu'il en soit, cette anecdote illustre les conditions souvent précaires des modèles féminins à cette époque, entre dévouement à l'art et risques physiques. « Ophélie » demeure l'un des chefs-d'œuvre emblématiques du préraphaélisme, exposé à la Tate Britain à Londres, et la figure de Siddall, devenue artiste elle-même, est aujourd'hui reconnue.

Si l'histoire exacte reste incertaine, elle continue de fasciner et de nourrir les discussions sur les relations entre artistes et modèles. Elle rappelle aussi que derrière chaque tableau se cachent des vies réelles, parfois fragilisées par le mythe.


Brève rédigée par la rédaction ADM à partir de Beaux Arts Magazine. Lire l'article original pour le détail.

Source Beaux Arts Magazine