4 septembre 2026 · eu
L'ISRE transforme la mémoire anthropologique de la Sardaigne en outil de critique sociale
Le réseau des musées ISRE s'engage dans une saison d'expositions qui questionnent la matière, le territoire et la décolonisation, de Michele Ciacciofera à Santiago Sierra.
L'Istituto Superiore Regionale Etnografico (ISRE) de Sardaigne, institution publique dédiée à la préservation et à l'étude du patrimoine ethnographique de l'île, vit une saison de profond renouveau. Sous la direction d'Efisio Carbone, les musées ISRE s'ouvrent à des artistes contemporains pour transformer la mémoire anthropologique en un outil de réflexion sociale et de dialogue international. Ce virage marque une étape notable dans la manière dont les institutions locales abordent leur héritage.
Après la présentation des œuvres de l'artiste sarde Michele Ciacciofera, dont le travail explore les liens entre nature, culture et mémoire, l'ISRE se prépare à accueillir un projet de l'artiste conceptuel espagnol Santiago Sierra à Orgosolo, village connu pour ses fresques murales. Ce projet, annoncé comme imminent, s'inscrit dans une dynamique de décolonisation des récits institutionnels, un thème central pour Carbone qui entend faire des musées des espaces de débat critique.
L'ISRE, fondé en 1972, gère notamment le Musée ethnographique de Nuoro et le Musée du costume de Nuoro, ainsi que le réseau des musées civiques. Jusqu'ici principalement tourné vers la conservation d'objets et de traditions, l'institut élargit désormais sa programmation à l'art contemporain pour interroger les représentations héritées de la colonisation et des hiérarchies culturelles. Carbone, dans un entretien, expose sa vision d'une institution "matérielle" et ancrée dans le territoire, loin d'une simple vitrine folkloriste.
Cette nouvelle orientation s'inscrit dans un mouvement plus large en Europe où les musées d'ethnographie revisitent leurs collections. L'ISRE se distingue par son choix de faire appel à des artistes de renommée internationale comme Sierra, dont les œuvres critiquent souvent les systèmes économiques et sociaux. Le projet à Orgosolo, en particulier, pourrait susciter un large débat, car l'artiste est connu pour des actions provocatrices impliquant le public.
La saison ISRE ne se limite pas à ces deux temps forts. Carbone évoque une programmation continue qui mêle expositions, résidences et rencontres, dans le but de créer des ponts entre la Sardaigne et le monde. Les observateurs y voient une occasion de repositionner l'île sur la carte de l'art contemporain, tout en repensant la transmission de sa culture. En attendant de voir le projet de Santiago Sierra, la scène artistique sarde semble entrer dans une phase de mutation décisive.
Brève rédigée par la rédaction ADM à partir de Exibart. Lire l'article original pour le détail.
Source — Exibart ↗